Histoire vraie qu'un vieux monsieur raconta à G. Lattier
Gérard Lattier est à la fois peintre et conteur. Il a une grande
capacité à révéler l'exceptionnel que renferme le quotidien. Avec lui
l'anecdote peinte ou racontée devient une page d'ethnologie qui nous
révèle au travers de récits épiques les inconscients collectifs et les
cheminements qui les ont construits. Ici il nous livre un moment de
rencontre avec un vieux Monsieur qui lui raconte un souvenir.
Voici pour vous une histoire qu'on m'a racontée hier et que je peindrai sans doute un jour :
Donc hier j'étais à Carpentras où j'expose pour un mois à la Librairie Gulliver de mon ami François Cartegianni.
A la fin de la soirée, quand on était tous fatigués, un vieux Monsieur
s'est assis à nos côtés et il s'est mis à nous raconter cette histoire
que je vais vous dire à mon tour :
Ce vieux Monsieur, archéologue de métier est en 1943, en train de
fouiller un site en Grèce. Dans le village voisin du chantier de
fouilles il y a une caserne occupée par des soldats nazis. Un jour les
résistants grecs font "péter" une bombe dans la caserne et il y a des
morts. Aussitôt, les nazis prennent en otage tous les hommes du village
et les enferment dans une grange. Comme ils ne font pas de détails ils
embarquent aussi, malgré ses protestations, l'archéologue. Une longue
nuit commence pour les hommes enfermés car de temps en temps les nazis
entrent dans la grange , désignent un homme au hasard, l'entraînent
dehors et le fusillent. Les autres, dedans la grange entendent les
cris, les coups de feu, le coup de grâce, puis le silence se fait et
dans la grande peur chacun attend son tour. Alors un homme se lève, se
met à parler et à raconter des histoires. Des histoires de bêtes vraies
ou fabuleuses, des histoires colportées depuis le fond des temps, des
histoires de cyclopes et de sirènes et toute la grange écoute et quand
l'homme se tait, un autre recommence. Peu à peu la peur se dissipe et
la paix s'installe dans les coeurs et ça dure toute la nui. Tout le
jour et la nuit suivante. Au petit matin de la deuxième nuit, lassés de
leur carnage, les nazis délivrent les hommes. Voilà l'histoire, le viel
archéologue nous a dit encore "depuis ce temps, j'ai un immense respect
pour la parole et les conteurs".