Euroconte

 
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Paroles sources ? Paroles Magiques ? ou naissance du conte par George Gros

Georges Gros (Jorgi Gros), auteur occitan, né en 1922, a publié "Les contes de la Placette", "Les contes de la Planette", "lo Bateu de peira", "Paraulas pèr une cintat", "Moi Bancel"...
Sa communication dans les Actes de l'université occitane d'été de 1986 "Paraulas fonts, paraulas mascas" n'ayant jamais été traduite en français, nous lui avons demandé de le faire pour le bulletin pensant qu'elle pouvait nous inciter à de nouvelles réflexions.

1. La pause de l'innocence

Les remarques ici exposées ne sont ni communication d'ethnologue ni étude littéraire. Il s'agirait plutôt de ce que j'appellerai "l'innocence " du conteur, celle qui l'accompagne dans ce monde un peu flou dont on ne sait si le nom vient du latin "conventare" : s'assembler ou "computo" : calculer.
Les graphies romanes font peut-être sentir cette hésitation: italien et occitan : "il conto, lo conte" pour les deux sens; "la cuenta e el cuente", en espagnol; "le conte et le compte", en français. On sent ici l'équilibre entre le domaine rationnel pensé comme "vrai" et celui de la fantaisie, du faux. De là, tout un chemin de méditation : vérités et mensonges du conteur.
C'est ainsi que la grand-mère-la mamet- disait au petit qui revenait à la maison à la nuit tombée, après qui sait quel vagabondage:"Zo! me fagues pas de contes!"(allons ne me raconte pas d'histoires!)
Et puis, à sa fille qui revenait de la ville : "Contas me ço qu'as vist!" (Dis moi ce que tu as vu!). Conte mensonge, compte-rendu, rêverie et raison, liberté et contrainte. Comme il est précieux alors le voyage à la recherche du"Trésor du Félibrige" de Mistral qui, avec sa façon de renvoyer vers les mots frères ou cousins, nous promène à la fois dans le temps et l'espace de la parole, diachronie et synchronie, comme l'on a dit. Dans cette pause à laquelle je faisais allusion, devenue nécessaire après des séries de questions qui me furent posées depuis la publication des premiers contes que je publiais (Contes de la Placette e dau Cors Nou), l'une revenait sans cesse :"Est-ce que ce sont des contes traditionnels?". Ce qui me conduisait à réfléchir sur une création personnelle liée à ce que je nommerais, à peu près" création populaire". Et donc à poser, à me poser des questions sur "l'héritage culturel"et sur ses liens, peut-être, avec des cultures lontaines. Premières découvertes donc, dans le Trésor : la rubrique "conte" comme par hasard, les termes les plus nombreux touchent à la rêverie, à la fantaisie, au mystère.
Fantaisie : les mots "pastocho, faribolo, proesa" ( celui-ci qui de-" trait de courage" devient fable"!), baio (bourde ou baliverne) sautille l'imagination.
Beau Mensonge : " la craco" ( qui fut peut-être inventée par le fameux Baron Von Krack) ou comme le suggère J. Auzias, qui est seulement la "grecque" : voir Pagnol et la partie de carte en oc justement : "Siau mestre Panisse e fau pas me prene pèr un Grec!" ( "Je suis maître Panisse et il ne faut pas me prendre pour un Grec !)". Depuis l'ère chrétienne, le souvenir païen de la Grèce traînait-il le mensonge fondamental ?
Mystère : Voici la "sorneto", apparemment innocente, sans péril, contes pour bambins, des mamets, pauvrettes! Oui mais dans sorneto, il y a "sorn"( sombre). Oscurité de la veillée? Vieux latin sommurus, vu en songe , et donc quoi qu'il en soit , chacun -au moins de mes contemporains- retrouve, caché derrière les mots, le souvenir plus ou moins savoureux des denières veillées. Celle, pour moi, autour du cousin de L ozère qui me me parlait de sa" trève": "tréva" : revenant, fantôme. Celle de son village. Et ce dans la participation vraiment innocente du conteur.
L'un de ces mots contient tout une charge d'évocation...C'est "fartago" que Mistral voit lié au vieux "fatum", fatalité, destin. Histoire de devins et pourquoi pas de "fado"(Lei fadas sont des fées). Nous sommes là bien proches du "pantais" occitan aussi voisin du phantasme que du fantôme. Et revient la "trève" blanche sur fond noir. Quant au mot "novos" : nouvelle, conte, ou bien à "raconte": récit, dit aussi "destuch", bien qu'ils tiennent une grande place dans la parole du conteur -ou du raconteur- celui qui se trouve examiné dans le beau travail de Pélen, en Cévennes et de Fabre et Lacroix en Languedoc, je m'en écarterai ici. Et ce pour rester dans le grand domaine du conte merveilleux ou fantastique. Celui qui véhicule encore les grands mythes oubliés mais redécouverts, ce serait bien sûr le cas de dire "pèr cop d'astre", par hasard.

1.1 Mort, survie ou résurrection

Serait-elle donc morte la veille parole comme moururent les veillées, la convivialité de travail et du repos et tout le reste? A peine bonne pour quelques enfants favorisés par une grand-mère miracle qui garderait encore un peu de mémoire? C'est vite dit : voici que les plus contes des contes : le merveilleux, le fantastique, éclatent dans le monde ultra modernisé de la pub télévisée. Les fées vendent des yaourts, la Belle fait gôuter de la purée à sa Bête, les lutins sautillent sur les landes bretonnes... Quant aux machines qui se déplacent seules, aux autos qui parlent ou qui volent, il fut un temps où nous en vîmes tous les jours. Une preuve de plus de l'infantilisme de la société commercialisée, diront certains. Certainement. Et pourtant, utilisation des connotations éternelles. La pub écho des désirs supposés d'une société vue comme une cliente?
Quand deux, trois pages entières d'un quotidien "sérieux" comme Le Monde vendent des autos ou des betteraves à coup de contes illustrés, nous sommes, comme on le dit, dans la problématique.
Dans ce sens de mise en spectacle de la parole - qui pouvait être autrefois échangée- n'en voyons-nous pas des conteurs à la télévision! Parfois facétieux, parfois mimes, parfois raconteurs sans autre artifice. Qui pourrait affirmer que le conte est mort? Nous restons, évidemment, dans le cadre de l'oralité même si la magie s'est déplacée vers les BD ou la science-fiction. C'est truisme de dire que le besoin du conte est éternel. Il pleut des festivals du conte. Il manquait que de bâtir des cités "merveilleuses"(sic) Dysneyland ou autre Mirapolis, pour "visualiser" les personnages magiques. Le phénomène s'effacera bientôt sans doute, puis reviendra. De là, la pause à propos de conte et de conteur.

A suivre


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