L'oralité
L'oralité
est à la base de la structuration intellectuelle de l'être humain et de
toute acquisition de langage. L'oralité est la parole qui intervient
quotidiennement. Elle est un acte créatif, un acte de
communication qui forge en permanence notre relation à l'autre. Parler
c'est une réalité physiologique, c'est une technique : respirer, placer
sa voix, accélérer ou ralentir un débit, articuler et prononcer,
utiliser toutes les modulations du timbre pour intoner. Parler c'est
vivre son corps, bouger, se révéler à travers un langage non verbal,
les gestes et les expressions du visage, c'est aussi une réalité
linguistique qui a pour caractéristique de se construire simultanément
avec la pensée. Le langage oral est une spécificité syntaxique et son
essence est la spontanéité, une spontanéité qui se moque parfois des
contraintes normatives de l'écrit, une spontanéité qui effraie ceux qui
n'ont pas l'expérience de la parole : ici on n'a plus de recul,
on ne peut pas gommer, revenir en arrière, retrancher. Parler c'est
l'expérience vivante d'un raisonnement qui s'élabore. C'est une pensée
qui a choisi son mode d'expression. (une idée n'existe vraiment que
lorsqu'elle a pu être exprimée). Savoir parler, c'est aussi savoir
penser et maîtriser le déroulement de la pensée. L'expression orale est
notre moyen de communication par excellence.
Bien sûr, on peut parler sans avoir
vraiment appris mais la non-maîtrise de la parole peut aussi devenir
une composante de discrimination sociale.
Au-delà de cette oralité
quotidienne c'est la littérature orale qui est à la base des activités
du CMLO. L'oralité ou l'expression orale c'est aussi un mode de
création pour des sociétés sans écriture et pour des sociétés où
coexistent les deux modes d'expression. Ces créations orales sont
regroupées sous l'appellation littérature orale. On peut définir
la littérature orale comme un ensemble de récits
anonymes et semi-fixés spécifiques à chaque identité culturelle mais
comportant de nombreuses similitudes universelles. Ces récits sont
transmis de génération en génération et contribuent à la construction
de la cohérence communautaire et intergénérationnelle. Divers genres,
que l'on retrouve aussi en littérature écrite, sont considérés comme
composantes de cette littérature : mythes, épopées, légendes, contes,
fables, paraboles, chants, proverbes, dictons, virelangues, énigmes,
devinettes, récits de vie,...
L'oralité et la littérature orale dans le champ des professions
L'oralité et la littérature orale sont aujourd'hui
reconnues comme des éléments importants dans le cadre du développement
social et culturel de chaque individu. Au-delà de la culture écrite,
elles permettent de conscientiser la valeur de la parole dans
l'acquisition des savoirs, dans la structuration de l'humain et dans
ses relations quotidiennes. Elles mettent aussi en exergue un
patrimoine immatériel universel important pour l'histoire de
l'humanité. Les représentants des Ministères de la Culture
et de la Communication, de l'Education Nationale et de la Francophonie
ont ouvertement témoigné (au cours du colloque Mondoral qui sest
déroulé à Vendôme au mois de novembre 2002) leur volonté
de prendre en compte ces disciplines dans leurs projets
L'intérêt affirmé pour ces
disciplines engendre aujourd'hui des demandes de plus en plus
importantes dans des secteurs très divers. Les bibliothécaires, à
l'origine du renouveau du conte en France, proposent de
nombreuses animations autour de la littérature orale et constituent, en
relation avec les éditeurs, d'importantes collections relatives à ce
domaine. Les enseignants ont vu dans les programmes officiels
apparaître ces deux disciplines et se retrouvent souvent dépourvus car
leur savoir-faire est souvent bâti autour de l'oralisation des textes
(théâtre, récitation ....) mais rarement sur l'oralité. De plus, les
programmes autour de la littérature orale se limitent souvent au
répertoire de Grimm et de Perrault et ne tient compte
qu'exceptionnellement de la tradition populaire où se trouve les plus
beaux joyaux de cette littérature. Les éducateurs spécialisés ont bien compris l'importance de ces expressions pour les
personnes en difficulté ou atteintes d'un grave handicap. Au-delà de la
lecture à haute voix, ces disciplines proposent une relation
d'imaginaire à imaginaire, où l'image mentale, comme en psychanalyse,
agit sans brutalité avec les acquis spécifiques de chaque
individu. Les métiers de l'animation sociale et culturelle sont aussi
très demandeurs d'une maîtrise des techniques de l'oralité et de la
littérature orale. Au-delà d'un simple outil occupationnel, ces
disciplines leur permettent d'aborder des sujets aussi sensibles que
l'interculturalité, le bilinguisme, mais aussi la mémoire de
l'immigration et parfois, ces disciplines servent de régulateur
dans des problématiques de violence, de fragilités sociales ou
d'adaptation à un nouveau cadre de vie. Les métiers du tourisme sont
eux aussi demandeurs. En effet, la maîtrise de l'art du conteur rend
plus vivant les exposés des guides, les répertoires autour de la nature
favorisent des randonnées culturelles plus passionnantes et ouvrent des
possibilités d'exploitation du milieu naturel et patrimonial sous un
angle novateur... Les étudiants en sciences humaines rencontrent tous
ces disciplines sur leur parcours universitaire. L'historien se
confronte souvent à la nécessité de l'enquête orale et la littérature
orale lui sert souvent de base pour comprendre certaines étapes de
l'histoire de l'humanité. L'ethnologue ou l'anthropologue se confronte
en permanence à l'oralité et à la littérature orale. Mythes, épopées,
légendes, contes, chants.... sont pour lui les témoins d'une façon de
penser l'univers mais aussi de la classification et de l'organisation
propre à chaque communauté. Le linguiste confronté à des langues
sans écriture s'appuie forcément sur la littérature orale (seul récit
semi-fixé). Les psychologues, les psychanalystes, les orthophonistes,
les arts thérapeutes trouvent, dans ce patrimoine, de nombreux symboles
et archétypes qui éclairent l'inconscient de l'humanité et ils se
servent très souvent de certains récits comme déclencheurs pour
certaines thérapies. La liste pourrait être encore longue de tous ceux
qui utilisent cette discipline, parfois sans réelle connaissance du
patrimoine et de l'ensemble des possibilités qu'offre celle-ci. Il est
cependant nécessaire de conclure cette ébauche d'inventaire par les
artistes conteurs. Ils occupent une place centrale car ils contribuent
à élargir, renouveler l'univers du sensible et de l'imaginaire pour les
publics les plus divers et à faire rayonner par leur pratique, la
transmission d'une forme orale du récit et à maintenir vivant ce
patrimoine universel.
Pour que cette richesse soit pleinement partagée et mise à la
disposition de tous ces publics la création dun centre de ressources
propres s'avérait indispensable.
Le Centre Méditerranéen de Littérature orale
Créée en Juillet 1994, sous l'intitulé A.C.I.E.M
(Association pour la Connaissance des Imaginaires Environnementaux
Méditerranéens), le CMLO, structure associative a toujours défendu la
littérature orale dans sa dimension inter et pluridisciplinaire. En
1996, l'équipe du CMLO, composée de permanents et de vacataires était
consciente des enjeux qu'offraient la littérature orale et l'oralité
aux niveaux régional, national et international. Autour de la création
d'un réseau de compétences pluridisciplinaires européen, d'une aide aux
diverses structures régionales concernées (bibliothèques, associations,
festivals, établissements scolaires, etc... ) et d'un centre de
documentation elle a progressivement construit le centre de ressources
actuel. D'expériences en expériences, d'échanges en échanges, les
divers intervenants qui oeuvrent pour qu'existe cette structure ont su
élaborer une compétence spécifique qui, aujourdhui, se trouve prête à
s'ouvrir aux diverses demandes partiellement exposées ci-dessus. Au
travers d'éditions de périodiques et d'ouvrages techniques, au travers
de sa formation de base à la littérature orale qui se déroule sur trois
ans, mais aussi grâce à son travail de recherche, à ses actions dans le
cadre de projets européens, à son service éducatif, son aide à la
diffusion, etc... le CMLO est aujourd'hui reconnu au plan
national. Installé à Alès, il coordonne depuis 2001, un travail
d'animation et de recherche sur la mémoire de l'immigration dans le
bassin alésien et propose de nombreux spectacles, conférences,
formations et animations dans le Gard, la Lozère, l'Hérault, l'Aude et
les Pyrénées-Orientales.