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CMLO 15 Quai Boissier de Sauvages 30100 Alès -Tél 04 66 56 67 69
    


Vendredi 25 mai 2007  
Compte-rendu du 13ème séminaire
"Mémoires coloniales"
Intervention d'Abderahmen Moumen
Lieu : CMLO - 4 Bd Gambetta – 30100 Alès
De 10h00-12h00 et 14h00-17h00

 

Présents : Marc Aubaret (Directeur du CMLO, Ethnologue), Fabien Cruveiller (CMLO), Anne Dambrin (CMLO), Geneviève Grivet (CMLO), Maria Martinez (Etudiante en Sciences Politiques), Josiane Mazé (Présidente du CMLO), Abderahmen Moumen (Docteur en histoire - Université de Provence - Chargé de recherches historiques au musée mémorial du camp de Rivesaltes (66)), Marion Mouret (conteuse), Geneviève Recors (Professeur chargée du Service Educatif du CMLO)

Présentation d'Abderahmen Moumen
Chargé de recherches historiques au musée mémorial de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales)
Doctorat d’Histoire, Université de Provence
« Rapatriés, pieds-noirs et harkis dans la vallée du Bas-Rhône. Des défis de l’installation aux quêtes identitaires des années cinquante à nos jours. Eléments pour une histoire nationale » (sd Colette DUBOIS). Composition du jury : Colette DUBOIS, Jacques FREMEAUX, Jean-Marie GUILLON, Jean-Charles JAUFFRET (président du jury), Jean-Jacques JORDI. Soutenue le 12 juin 2006, 686p. (annexes : 260p.). Mention très honorable avec félicitations du jury.

Bibliographie
Ouvrages
MOUMEN Abderahmen, Les Français musulmans en Vaucluse (1962 – 1991). Installation et difficultés d’intégration d’une communauté de rapatriés d’Algérie, Paris, L’Harmattan, 2003, 208p.
MOUMEN Abderahmen, Entre histoire et mémoire. Les rapatriés d’Algérie. Dictionnaire bibliographique, Calvisson, J. Gandini, 2003, 129p.

Derniers articles parus
MOUMEN Abderahmen, « Femmes de harkis, une nouvelle histoire à visiter » (préface), in Promenade entre savoirs et mémoire, recueil réalisé dans le cadre du projet Equal MECOD, février 2007, pp.2-4.
MOUMEN Abderahmen, « Le mouvement associatif : un particularisme sudiste harki ? », in Les Harkis de Roubaix. Espace, mémoire et citoyenneté, in Actes du colloque du 23 septembre 2003, 2006, pp.41-43.
MOUMEN Abderahmen, « L’intégration matérielle et morale des harkis », in « Compte-rendu de la journée d’étude du 19 mai 2003 sur les exodes d’Algérie », in Cahiers d’histoire immédiate, publié par le GRHI (sd Jacques Cantier), n°28, hiver 2005, pp.87-96.
MOUMEN Abderahmen, « Bilans rétrospectifs des exodes et de leurs conséquences du point de vue d’un département : le Vaucluse », in « Compte-rendu de la journée d’étude du 19 mai 2003 sur les exodes d’Algérie », in Cahiers d’histoire immédiate, publié par le GRHI (sd Jacques Cantier), n°28, hiver 2005, pp.97-102.



Evoquant la communication d'Eric Soriano et le débat qui s'en est suivi, Marc Aubaret a rappelé la place à part qu'occupe l'Algérie dans l'histoire coloniale de la France et ses effets dans l'histoire de l'immigration. Notamment, les représentations et les problématiques identitaires qui en découlent et qui agissent à travers des mémoires coloniales pérennisant ainsi la dimension "conflictuelle".


Présentation de la communication
Conséquence de l’indépendance de l’Algérie, l’afflux en France de plusieurs centaines de milliers d’Européens d’Algérie, désormais dénommés pieds-noirs modifie sensiblement le paysage démographique de nombre de départements français, essentiellement méridionaux. Si les premières années voient se focaliser sur cette population deux défis majeurs : le logement et l’emploi, progressivement se dessillent de nouvelles quêtes identitaires, à l’instar de toutes les autres populations dites postcoloniales.
Les associations classiques de revendications matérielles (comme l’ANFANOMA) laissent ainsi le pas aux associations culturelles et autres amicales. Entre histoire et mémoire, ce groupe social – clientèle électorale devenu un enjeu politique – se scinde entre les partisans de la « nostalgérie », visibles par les nombreuses commémorations de cette mémoire en souffrance (la fusillade de la rue d’Isly le 26 mars, les massacres d’Oran le 5 juillet, le pèlerinage de Santa-Cruz à Nîmes…) et les partisans de la réconciliation avec ce récent mouvement de retour en Algérie tendant à une mémoire apaisée. Se posent ainsi pour ce groupe social, plus hétérogène que l’on ne croit, le dilemme suivant : cette « pied-noirité » tant avancée se transmet-elle ?
Les enjeux mémoriels du groupe social des pieds-noirs d’Algérie seront comparés avec les parcours des rapatriés du Maroc et de Tunisie. Nous apporterons des éléments d’explication quant à la différenciation concernant les déchaînements de passion pour les premiers contrairement aux seconds. Ensuite, nous effectuerons une comparaison avec le groupe social dit « harkis » dont l’hétérogénéité des parcours aboutit au final à des mémoires plurielles, entre proximité historique avec les « pieds-noirs » et proximité culturelle avec l’immigration algérienne.


Rappel historique et difficulté de nommer cette population

Tout d'abord, Abderahmen Moumen est revenu sur le contexte de 1962. Entre avril et août 1962, près de 500000 personnes ont quitté l'Algérie pour la France alors que les pouvoirs publics suivants les Accords d'Evian du 19 mars 1962 (lien : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/algerie-accords_d'Evian.htm) prévoyaient ce flux migratoire sur 4 ans. Cette accélération des retours des Européens d'Algérie est due à un évènement : la fusillade de la rue d'Isly le 26 mars 1962 (lien : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article609) dont les responsabilités restent difficiles à déterminer pour les historiens.
On parle alors des "Européens d'Algérie". Mais, ce terme s'avère bien trop générique pour recouvrir la diversité des catégories des populations rapatriées.

De la difficulté à nommer
Le terme "Rapatriés" recouvre différentes situations : Pieds-Noirs, Harkis, Européens d'Algérie (ce sont les espagnols et les italiens qui sont devenus français en Algérie), Français Musulmans, Français de Souche Nord-Africaine…
Chacun de ces groupes sociaux avait un statut particulier : les Européens d'Algérie étaient régis par le droit commun français alors que les Français Musulmans par celui du droit local (statut coranique, statut coutumier berbère). Une infime partie de l'élite intellectuelle avait pu opter pour le droit commun.
L'inexactitude du terme "Rapatriés d'Algérie" provient aussi du fait que certaines familles se trouvaient en Algérie depuis 5 générations. Il en est de même pour les harkis qui peuvent difficilement être considérés comme des rapatriés…
Dès lors, Abderahmen Moumen a préféré la notion de "communauté de destin", expression empruntée à Dominique Schnapper (sociologue française) en expliquant que c'était l'exil qui avait constitué ce groupe social et que le terme communauté était faux dans les faits.

Puis, l'intervenant a retracé séparément l'historique des trois grands groupes sociaux en présence : les Européens d'Algérie, les Juifs d'Algérie, les Français de Souche Nord-Africaine (FSNA)

Tout d'abord, les Européens d'Algérie ou Pieds-Noirs, terme utilisé depuis 1955 et dont l'origine est incertaine : est-ce un oiseau migrateur? Est-ce une référence à une pratique des vendanges? D'après Abderahmen Moumen, l'hypothèse la plus plausible serait celle de Guy Pervillé pour qui l'expression proviendrait des jeunes Européens du Maroc qui se nommaient ainsi en écho aux Indiens "Black Foot" des westerns de l'époque…

Quelques repères chronologiques de la présence française en Algérie
    1827 : L'affaire du coup d'éventail ne fut qu'un prétexte. Des causes plus lointaines et plus profondes avaient entraîné, après un blocus du port d'Alger en juin 1827, le débarquement des troupes françaises commandées par le général de Bourmont à Sidi Ferruch (à l'ouest d'Alger), le 14 juin 1830. Le 5 juillet, le dey d'Alger capitulait. Ainsi commencèrent la conquête d'un pays alors faiblement peuplé (3 millions d'habitants environ) et, presque aussitôt, la résistance.
    1830 : Prise d'Alger. Les français n'ont alors aucun projet colonial. Installation en masse des colons (due aux faillites, chômage, problèmes familiaux…) issus de département français : Corse, Bouches du Rhône, Seine… Apport européen : espagnols (30000), maltais (9000), italiens (8000)
    1848 : Les opposants républicains sont envoyés en Algérie
    1889 : Les descendants deviennent d'office français
    1901 : 580000 personnes d'origine européennes vivent en Algérie
    1962 : Environ 1200000 d'européens en Algérie

Les Juifs d'Algérie sont les descendants des expulsés d'Espagne depuis la Reconquista espagnole de 1492. Ils constituaient avant l'indépendance de l'Algérie une population de 130 000 personnes environ dont la plupart d'origine nord-africaine. Ils appartenaient à l'ensemble du judaïsme nord-africain, présent également au Maroc et en Tunisie, et qui a aujourd'hui presque totalement disparu après plus de 2000 ans d'existence. La majorité de cette population a émigré en France.
    1870 : Avec l’édit Crémieux, naturalisation collective des Juifs d’Algérie (sauf ceux du M’zab, naturalisés en 1962 lors du rapatriement).
    1962 : Les Juifs d'Algérie représentaient 15% des personnes rapatriées.

Les Français de Souche Nord Africaine (FSNA) sont les élites francisées (hauts fonctionnaires, membres du "double collège", députés, sénateurs…) et les militaires engagés ou appelés au côté de l'armée française. A leur sujet, Abderahmen Moumen a évoqué le film "La Trahison" de Philippe Faucon. Puis, il a expliqué les différentes formations supplétives créées par l'armée française entre 1954 et 1962 :
Les Groupes Mobiles de Sécurité (GMS), initialement appelés Groupes Mobiles de Protection Rurale (GMPR) : formation supplétive dans la gendarmerie et la police
Les Moghaznis : chargés de la protection des SAS (leur  mission était essentiellement administrative)
Les Unités territoriales (UT) : Mises en place en septembre 1955 pour assurer la garde des points sensibles, la protection des  localités et des communications. Elles étaient pour moitié formées d'Européens d'Algérie et de Musulmans d'Algérie
Les Harkis : Catégorie la plus nombreuse des supplétifs. Le statut des supplétifs des harkas était plus précaire que celui des hommes recrutés dans les Groupes Mobiles de  Sécurité (GMS), les Groupes d’Auto-Défense (GAD) et les Sections Administratives Spécialisées (SAS). Leur contrat était au départ journalier puis limité à un mois renouvelable.
Les Groupes d’Auto-Défense (GAD) : Constitués de bénévoles parmi lesquels on compte parfois des Européens et dont la mission consiste à protéger les villages de l’Armée de Libération Nationale (ALN) en donnant l’alerte en cas d’attaque. Les hommes qui composaient les GAD étaient des volontaires non rétribués et ne bénéficiaient pas du statut de militaire.

Pourquoi se sont-ils engagés?
La Guerre d'Algérie était une guerre de propagande dont l'enjeu était la population. A cela doivent être ajoutés la pauvreté, le désœuvrement économique, les évènements familiaux (assassinats)… En bref, dans un contexte de "Clochardisation" de l'Algérie" selon l'expression de Germaine Tillon.

Quelques chiffres : en 1962, on compte parmi les rapatriés d'Algérie 20.000 militaires de carrière, 40.000 militaires appelés, 60.000 harkis…

Réfugiés? Rapatriés?
A ces termes, Abderahmen Moumen préfère celui de "migrants politiques liés à la décolonisation".
Pour illustrer la complexité de ces nominations, on peut prendre l'exemple des Harkis, terme qui s'est imposé ces dernières années. Pour ceux qui purent se réfugier en métropole après le cessez le feu du 19 mars 1962, s’il eut une chose dont ils n’ont pas manqué, ce sont bien les appellations : supplétifs, Français rapatriés de confession islamique (FRCI), Rapatriés d’origine nord africaine (RONA), Français Musulmans Rapatriés (FMR)…


Rapatriés d'Algérie en France : installation, logement, emploi, association dite de revendication

On peut découper en trois phases l'histoire des rapatriés d'Algérie en France :
-    Au début des années 60, une première phase dite de déracinement et de transplantation avec des difficultés liées au logement, à l'emploi…
-    Fin des années 60 début des années 80, on observe un essor des mouvements associatifs. C'est le temps des revendications où 10% des rapatriés décide de militer.
-    Fin des années 80 et début des années 90, des enjeux mémoriels apparaissent accompagnant une recherche identitaire.

Les Pieds-noirs
Installation
Au départ, ils s'installent massivement dans le sud-est de la France. Mais les préfets de ces départements saturés reçoivent l'ordre de ne plus les accepter. Ils vont donc élire domicile dans la région parisienne, au sud de l'axe Bordeaux-Toulouse-Lyon et restent attirés par le climat méditerranéen. Cela a engagé une transformation de la démographie dans les villes concernées et les politiques ont donc dû s'adapter à cette situation.

Emploi et logement
La majorité des Européens d'Algérie étaient des urbains qui travaillaient en tant que cadres, employés des services publics et privés… Peu d'entre eux étaient donc de gros propriétaires. En Algérie, le niveau de vie était 10 à 15% inférieur à celui de France.
De 1962 à 1965, un plan de lutte contre le chômage a été mis en place en France. Abderahmen Moumen a également évoqué le problème de la non-reconnaissance des diplômes des médecins, des architectes… et a qualifié de hiatus le décalage entre les structures professionnelles françaises et algériennes.
Entre 1963 et 1964, la création dans les quartiers périphériques des grandes villes de 30.000 Habitations à Loyer Modéré (HLM) dont 28.000 étaient réservées aux rapatriés et de 2.500 logements provisoires et transitoires de type "préfabriqué". En 1964, une circulaire stipulait que les pieds-noirs seraient les premiers à être relogés dans ces habitations.

Temps des revendications

Il correspond à la naissance des associations dites de revendication (Fédération Nationale des Rapatriés (FNR), Rassemblement nationale des Français Rapatriés d'Afrique du Nord (RANFRAN)…)
En ce qui concerne les pieds-noirs, ces mouvements associatifs vont notamment se traduire par l'obtention de nombreuses lois d'indemnisation dont :
- Loi n°70-632 du 15 juillet 1970 relative à une contribution nationale à l’indemnisation des Français dépossédés de biens situés dans un territoire antérieurement placé sous la souveraineté, le protectorat ou la tutelle de l’Etat
- Loi de finances rectificative pour 1974 (n° 74-1114 du 27 décembre 1974)
- Loi n°78-1 du 2 janvier 1978 relative à l’indemnisation des Français rapatriés d’outre-mer dépossédés de leurs biens
- Loi n°82-4 du 6 janvier 1982 portant diverses dispositions relatives à la réinstallation des rapatriés
- Loi n°87-549 du 16 juillet 1987 relative au règlement de l’indemnisation des rapatriés
- Décret n°2005-484 du 18 mai 2005 portant modification du décret n°65-742 du 2 septembre 1965 relatif à l’application aux travailleurs salariés des dispositions de la loi n°64-1330 du 26 décembre 1964 portant prise en charge et revalorisation de droits et avantages sociaux consentis à des Français ayant résidé en Algérie.


Rapatriement des Juifs d'Algérie

Ils subissent les mêmes affres de rapatriement que les Pieds-Noirs. La communauté juive Ashkénaze les accueille par solidarité mais s'ensuivra des conflits entre Ashkénaze et Séfarade pour le contrôle des synagogues. Ils s'implantent dans les villes où les pratiques religieuses se font généralement en groupe.


Harkis
Hormis leur traumatisme moral, les élites s'insèrent facilement ainsi que les militaires qui sont mutés en France. Les vraies difficultés sont pour les supplétifs dont le rapatriement n'était pas prévu par les Accords d'Evian. Ils sont arrivés en France par trois filières : filière clandestine, immigration économique et engagés militaires.
Durant l'été 1962, il y eut la création de camps de transition (dont un dans le Larzac) qui ont ensuite été fermés car inadaptés aux conditions hivernales. Puis, 4 autres camps furent créés : à Saint-Maurice l’Ardoise, à Rivesaltes, à Bias et à La Rye. Une solution au reclassement des supplétifs a été mise en place grâce à la création de hameaux de forestage où ils purent être embauchés en tant que gardes forestiers. Environ 20% des familles de harkis ont vécu dans ces hameaux qui étaient très encadrés par la présence de chef de camps et de moniteurs de promotion sociale.
À l'époque, la notion de communauté n'existe pas en France sauf pour les harkis et les gens du voyage.

Enjeux mémoriels dans les années 80-90
Des associations culturelles ou identitaires furent créées grâce au développement des amicales qui regroupaient les rapatriés d'un même quartier, d'un même village…. A la fin des années 1970, les Pieds-Noirs éprouvaient le désir de se retrouver. D'où la conception d'un bulletin qui recensait les décès, les mariages et autres actualités de la communauté. L'association la plus symbolique est le Cercle Algérianiste dont le nom renvoie au mouvement littéraire des années 20. Son objectif est de sauvegarder le patrimoine culturel né de la présence française en Algérie. Ils cultivent une forme de "nostalgérie" d'avant 1962.

Un groupe politique et politisé
Le groupe social Pied-Noir naît dans la politique et est politisé. Pour certains, il y a un dégoût de la politique qui les a trahis et un anti-gaullisme considéré comme le "bradeur" de l'Algérie Française.
Dans le milieu des années 60, les associations jouent un rôle important telle que l'association "Villes et rapatriés" (pour les villes ayant un nombre considérable de rapatriés). Certains Pieds-Noirs se présentent sous l'étiquette "Rapatriés" à Marseille, Nice, Avignon et dans le Nord de la France.
Dans les années 80, certains descendants des pied-noirs ont crée le parti Pieds-Noirs pour l'Algérie (PNPA).
Les comportements politiques des pied-noirs sont multiformes et ressemblent à ceux des français métropolitains mais avec un taux d'abstention beaucoup moins fort.
Par ailleurs, Abderahmen Moumen a évoqué l'ouvrage de Périneau selon lequel tous les pieds-noirs ne votent pas Front National mais constituent une des trois branches de cet électorat.

Entre amertume et apaisement
Aujourd'hui parmi les Pieds-Noirs, certains se sont placés dans l'oubli alors que d'autres demeurent dans la mémoire d'une Algérie Heureuse d'avant 1962.
Il existe une forme de commémoration de la mémoire en souffrance avec le rapatriement des monuments aux morts. Dans les années 70, ont été créés des monuments en hommage aux Français d'outre-mer tombés durant la 2ème Guerre Mondiale et celle d'Algérie. On note dans les années 1990 et 2000, l'attribution de noms de rues en lien avec l'Algérie Française.
Les pèlerinages sont très importants : la religion tient une place considérable. Pour exemple, le pèlerinage de Santa Cruz de Nîmes (qui existait avant en Algérie) peut compter plus de 100.000 personnes : c'est le grand rassemblement des familles Pieds-Noirs.
Par ailleurs, est venu le temps pour certaines associations d'ouvrir la voie à une mémoire de la réconciliation.
Abderahmen Moumen a également évoqué le cas :
- de certains Pieds-Noirs restés en Algérie malgré l'issue de la guerre : on les appelle les Pieds-Verts
- des français métropolitains qui ont choisi d'aller vivre en Algérie après 62 pour construire l'Algérie socialiste : on les appelle les Pieds-Rouges

Dans les années 90, les relations entre les pied-noirs et les algériens sont variées. A la fin des années 70-80, un certain nombre de Pieds-Noirs sont retournés de manière sporadique et peu médiatisée en Algérie pour revoir leur famille, leur maison…
A la fin des années 80-90, les amicales ont organisé des voyages collectifs. Jusqu'à 600 pied-noirs sont partis de Nîmes à destination d'Oran au début des années 1980.
De nos jours, les retours en Algérie sont plus médiatisés et la relative "sérénité" du climat algérien leur est plus favorable. En Algérie, des agences de voyages se sont même spécialisées dans le tourisme identitaire.
Toutefois, certains continuent à se situer dans l'amertume et la difficile réconciliation. Ils refusent l'idée d'y retourner.

Rapatriés du Maroc et de la Tunisie
Parce que le Maroc et la Tunisie étaient des protectorats, parce qu'il n'y a pas eu de guerre sanglante (comparé à l’Algérie) pour l'indépendance dans ces pays, beaucoup plus d'Européens sont restés sur place. En ce qui concerne les rapatriés de ces pays, ils ont facilement tourné la page à la différence des rapatriés d'Algérie.

A la croisée des chemins. La "Pied-Noirité" en éclats
De sobriquet, le terme Pied-Noir a revêtu une dimension revendicative. Même si les rapatriés d'Algérie sont les plus nombreux dans les mouvements associatifs, certains rapatriés du Maroc et de Tunisie se sont algérianisés.
L'identité collective des Pieds-Noirs s'appuie sur :
-    Le lieu devenu symbolique : l'Algérie
-    Le bateau
-    La valise
-    L'année 1962
-    L'attachement viscéral à l'Algérie française
-    L'opposition à l'histoire officielle. Ils reprochent notamment l'absence d'intérêt national pour les drames qu'ils ont vécus comme celui du "massacre d'Oran" le 5 juillet 1962 
-    Les qualités pieds-noires, à savoir le fait d'avoir été des pionniers. Même si on observe des différences dans leur recherche de la "terre permise", de leurs racines qui peuvent se trouver en France, à Malte, Espagne et Italie 

Une mémoire collective qui se transmet difficilement.

En ce qui concerne la transmission identitaire, il n'y a pas vraiment d'héritage Pied-Noir. Les enfants ont du mal à adhérer ou à se situer car les parents sont entre l'oubli et le ressassement. On remarque des sauts générationnels et ce sont parfois les petits-enfants qui font le travail de mémoire, notamment par le biais de la littérature.
 
La triple altérité des juifs d'Afrique du Nord

"Les Juifs d'Afrique du Nord sont-ils des pieds-noirs ?" a fait l'objet d'un débat. Les juifs du Maroc et de Tunisie ont reconstitué un monde séfarade et expriment un désir de rupture avec la notion de Pied-Noirité imposée. Certains veulent retrouver leurs origines arabo-berbères. Pour cela, ils organisent des pèlerinages spécifiques, tel celui de Tlemcen. Leur blessure originelle remonte à 1492 avec la Reconquista.

Les Harkis

Comme on l'a vu, ce terme générique désigne un groupe social mais recouvre une hétérogénéité de situations. A partir de 1970, il y a une autonomisation des associations de Harkis qui pensent que leur histoire est différente de celle des Pieds-Noirs. Les revendications matérielles des années 70 à 90 aboutissent en 1986, 1994 et 2005 aux lois d'indemnisation et à la rrconnaissance de l'Etat français (la responsabilité de celui-ci dans les évènements de 1962 est réclamé par ces associations). En 2001, a lieu la reconnaissance de la communauté harki avec l'hommage national aux Harkis par décret du Président de la République en date du 21 septembre 2001.
Pour certains, il existe un monde derrière ce mot qui recouvre une diversité géographique, culturelle et identitaire. Les Harkis sont autant politisés que les Pieds-Noirs. Il y a un investissement personnel et les associations politisées représentent un tremplin pour figurer dans le paysage électoral. Nombre d'enfants de supplétifs militent dans les partis politiques classiques comme dans des associations alter mondialistes. Certains Harkis ne retournent pas en Algérie, d'autres  y vont tous les ans. Officiellement, les anciens supplétifs sont interdits de retour mais un sur cinq y est déjà retourné en changeant de nom par exemple…En ce qui concerne les mariages, on peut les qualifier de groupe social hétérogène mais l'espace communautaire donne parfois lieu à des situations d'endogamie.



Pour arriver à une histoire apaisée des rapatriements et des rapatriés, il faut que tous les acteurs s'expriment, prennent la parole. Aujourd'hui, les recherches scientifiques apparaissent massivement grâce à l'accès aux archives. Mais ces sources écrites doivent être croisées avec les sources orales pour espérer approcher la vérité historique.
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